100

Un samedi normal, vers midi, je passe en voiture dans cette rue que je prends quasiment tous les jours. Des policiers se trouvent sur la gauche. Je pense bêtement que c’est un contrôle de routine. À 16h30, j’emprunte à nouveau cette rue. Cette fois il y a plusieurs voitures de police, la voie de gauche fermée et des visages inquiets. « Oh merde, ça doit être un meurtre! », c’est ce que je me suis dis. Plus tard dans la soirée, j’apprends que le corps d’une femme, battue à mort, à été retrouvé à cette endroit.

C’est officiellement le 100ème féminicide de l’année. Et on parle ici uniquement des femmes tuées par leur conjoint ou ex conjoint. C’est en suivant @coucoulesgirls sur Instagram que je me suis un peu plus penchée sur le sujet puisque son auteure, Juliette Katz, s’est engagée dans cette cause auprès de @putaindeguerières, qui comptabilise le nombre de féminicides depuis le début de l’année.

Ce 100ème féminicide s’est produit pas loin de chez moi. C’est con, mais ça fait prendre conscience de la réalité de la chose.

Ce qui me chiffonne dans cette histoire en particulier, c’est qu’il y avait un témoin. Un jeune homme de 19 ans, qui est probablement traumatisé à l’heure qu’il est, a tenté de s’interposé et a appelé la police, qui, n’ayant rien vu de particulier, n’a pas cherché plus longtemps. Ce n’est que le lendemain que le corps a été retrouvé sous un tas de débris. Ce jeune homme raconte en détail ce qu’il a vu. J’imagine qu’il l’a dit aux policiers au moment où il a signalé l’incident. Pourquoi n’ont-ils pas poussé plus loin les recherches, sachant qu’une femme s’était faite « fracassée » et que l’agresseur continuait de la frapper alors qu’elle était au sol, inerte? Dans un autre article, il est question d’un autre voisin qui aurait appelé la police pour signaler une dispute conjugale. Ça voudrait donc dire qu’ils ont reçu plusieurs appels concernant ce drame?

Un des articles sur le sujet mentionne qu’il faisait nuit et qu’ils ne voyaient rien. La police n’est-elle pas équipée de lampes torches? Il me semble que oui. Lorsqu’ils nous contrôlent la nuit en bordure de route, ils en ont. Alors pourquoi ne pas les utiliser pour chercher une éventuelle victime lorsqu’on les prévient qu’une femme est en train de se faire agresser? En plus de ça, le compagnon de la victime a été retrouvé grâce aux caméras de surveillance de la ville où, semble-t-il, on le voit se disputer avec la victime. Pourquoi, au moment de l’appel des témoins, on ne regarde pas ces vidéos pour avoir une précision sur l’endroit où chercher? Cet ensemble de fait décrit par les différents articles me laisse penser qu’elle aurait peut-être pu être sauvé…

En 2019 dans un pays dit développé, des femmes sont encore battues à mort. Est-ce normal? Le gouvernement prévoit un « grenelle violences conjugales » qui débutera demain, mardi 3 septembre. Mais que faire concrètement contre les violences conjugales?

Parce que si je réfléchis, je connais plusieurs femmes qui ont été giflé, frappé ou menacé au moins une fois dans leur vie. Y compris moi-même. Peut-être qu’on minimise ces actes isolés, qui ne se sont produit qu’une seule fois? Parce qu’on refuse le terme de victime? Parce qu’on n’est pas des femmes battues lorsque ça n’arrive qu’une fois? Mais peut-être que les femmes qui sont battues par leur conjoint se sont dit la même chose la première fois. C’est rien, c’est qu’une fois, il était énervé. Et puis ça recommence et la peur prend le dessus?

Des mesures seront certainement prises par le gouvernement, un budget sera déployé mais est ce que ça changera réellement les choses? Je m’interroge sur ce qu’on peut faire de concret pour aider ces femmes…

4 commentaires sur “100

  1. Bien sur c’est ce que les femmes se disent. Qu’une fois, ça passe. Alors même qu’une fois c’est déjà trop.

    Malheureusement il y a encore beaucoup trop de silence autour de la violence. Il faut mettre des mots. De vrais mots. Il faut plus de professionnels formés à cette réalité (juges – avocats – policiers – thérapeutes – assistantes sociales…). Il faut sortir de cette loi qui veut que ce qui se passe derrière la porte du domicile reste privé.

    Il faut de vraies actions de la part du gouvernement et de vraies peines aussi pour les auteurs de ces violences. Nous sommes encore trop laxistes.
    Un homme qui frappe est un homme malade. Il faut le dire aux femmes.

    Aimé par 1 personne

  2. Pour avoir une amie qui a été battue (et violée bien évidemment et les insultes et j’en passe) par son conjoint pendant sept ans, je peux te dire que malheureusement tu es impuissante. Sauf si l’amie décide de partir. Tant qu’elle ne prend pas cette décision, en tant qu’amie tu as beau répéter sans cesse qu’elle doit la quitter, c’est inutile. Parce qu’elles ont peur. Et qu’elles savent pertinemment que si elles quitte le connard en question, personne ne les protègera…

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s